Le développement ferroviaire marocain entre dans une nouvelle phase.
L’enjeu n’est plus uniquement de construire de nouvelles lignes ou d’acquérir du matériel roulant. Il faut désormais trouver des modèles permettant de financer des investissements lourds sur plusieurs décennies tout en développant les compétences capables de concevoir, structurer, négocier et piloter ces projets.
À l’occasion du Forum international consacré au financement de l’avenir ferroviaire africain, organisé à Rabat les 14 et 15 octobre 2026, les acteurs du secteur ont souligné que le financement public traditionnel ne peut plus, à lui seul, répondre à l’ampleur des besoins. Médias24
Au Maroc, cette réflexion intervient alors que l’ONCF conduit un programme d’investissement de 96 milliards de dirhams à l’horizon 2030, comprenant notamment le prolongement de la grande vitesse jusqu’à Marrakech, l’acquisition de 168 trains et le développement de services ferroviaires de proximité dans les grandes agglomérations. Médias24
Cette transformation pose donc deux questions intimement liées :
Comment financer des infrastructures dont le retour économique s’étale sur plusieurs décennies ?
Et :
dispose-t-on des compétences nécessaires pour structurer et exécuter des modèles financiers et opérationnels de plus en plus complexes ?
Le ferroviaire pose une équation financière particulière
Le rail est une activité fortement capitalistique.
Les infrastructures nécessitent des investissements importants, tandis que les retours financiers s’inscrivent dans des horizons particulièrement longs.
L’ONCF souligne d’ailleurs que les revenus provenant directement du trafic voyageurs ne permettent pas nécessairement de couvrir l’ensemble des coûts d’un projet et de rémunérer tous les apporteurs de capitaux. Médias24
La difficulté vient notamment du fait qu’une infrastructure ferroviaire crée des bénéfices qui dépassent largement le chiffre d’affaires de l’opérateur.
Elle améliore la connectivité des territoires, accompagne l’aménagement urbain, facilite la mobilité, soutient l’activité économique et contribue à réduire certaines émissions.
Ces externalités ont une valeur économique réelle.
Mais elles ne se retrouvent pas nécessairement dans le prix du billet.
La rentabilité d’un projet ferroviaire ne peut donc pas être évaluée uniquement comme celle d’une entreprise traditionnelle.
Diversifier les capitaux devient indispensable
Face à cette équation, l’ONCF explore plusieurs sources de financement complémentaires.
Parmi les pistes évoquées figurent notamment :
l’épargne longue des caisses de retraite et des compagnies d’assurance, les banques de développement, le financement export ainsi que les partenariats public-privé. Médias24
La logique est cohérente.
Les infrastructures ferroviaires peuvent s’inscrire sur des horizons de quarante ans ou davantage, ce qui peut correspondre aux engagements à long terme de certains investisseurs institutionnels.
Mais attirer du capital ne suffit pas.
Le coût de ce capital reste déterminant.
Des taux d’intérêt trop élevés peuvent réduire considérablement la soutenabilité financière d’un projet, même lorsque son utilité économique et sociale est importante. Médias24
La question devient donc moins :
« Où trouver de l’argent ? »
que :
« Comment construire une combinaison de financements capable de répartir correctement le coût, le rendement et le risque ? »
Le PPP n’est pas uniquement un financement
Le partenariat public-privé apparaît naturellement parmi les solutions possibles.
Mais il serait réducteur de le considérer simplement comme une manière de faire financer une infrastructure par le secteur privé.
L’ONCF rappelle qu’un PPP repose avant tout sur un partage des risques.
Les risques réglementaires, sociaux ou liés aux expropriations peuvent par exemple rester du côté public, alors que certains risques de construction ou d’exploitation peuvent être transférés au partenaire privé selon le projet. Médias24
Cette logique change profondément la manière de préparer les projets.
Avant même de chercher un investisseur, il faut être capable d’identifier, quantifier et attribuer chaque risque.
Et c’est précisément ici que finance et Capital Humain commencent à se rejoindre.
Les nouveaux modèles financiers exigent de nouvelles compétences
Un PPP complexe ne se pilote pas uniquement avec des connaissances administratives traditionnelles.
Il nécessite des spécialistes capables de comprendre simultanément :
la finance de projet, la modélisation financière, les contrats, la gestion des risques, les achats, la gouvernance, l’ingénierie et la performance opérationnelle.
L’article Médias24 rapporte explicitement que l’ONCF considère les PPP comme des montages complexes nécessitant des compétences et une expertise spécifiques au niveau des donneurs d’ordre, aussi bien pendant leur conception que pendant leur exécution. Médias24
C’est un point fondamental.
On peut disposer d’un projet stratégique et de capitaux disponibles.
Si l’organisation ne dispose pas des compétences nécessaires pour structurer correctement le projet et négocier avec des investisseurs sophistiqués, une partie de la valeur peut être perdue.
La compétence financière devient elle-même un actif stratégique
Dans ce nouveau contexte, les profils financiers du secteur des infrastructures évoluent.
Il ne s’agit plus uniquement de produire un budget ou de suivre des dépenses.
Les équipes peuvent être amenées à travailler sur :
la structure du capital, le coût du financement, la dette longue, les risques de taux, les mécanismes de garantie, les financements concessionnels, les investisseurs institutionnels, les financements export ou encore les instruments ESG.
Cela signifie que les grandes organisations d’infrastructure devront probablement renforcer leur capacité à attirer et développer des profils disposant de compétences de plus en plus hybrides.
Des financiers capables de comprendre les enjeux opérationnels.
Des ingénieurs capables d’intégrer les contraintes économiques.
Des juristes capables de travailler sur des modèles de partage du risque.
Et des dirigeants capables de réunir ces expertises autour d’une même décision.
La finance verte ouvre de nouvelles possibilités
Le financement environnemental constitue également une piste importante.
L’ONCF a déjà réalisé plusieurs émissions d’obligations vertes : 1 milliard de dirhams en 2022, puis deux émissions de 2 milliards de dirhams en 2025 et 2026. L’Office explore également des instruments dont le taux d’intérêt pourrait être lié à l’atteinte d’indicateurs ESG. Médias24
Cette évolution rapproche encore davantage la finance de la stratégie opérationnelle.
Lorsque le coût d’un financement dépend d’indicateurs environnementaux ou sociaux, l’organisation doit être capable de mesurer, suivre et démontrer sa performance.
Cela nécessite des données fiables, des processus internes robustes et des compétences adaptées.
L’ESG cesse alors d’être uniquement un sujet de communication.
Il devient potentiellement une variable financière.
96 milliards de dirhams impliquent aussi un défi organisationnel
Un programme d’investissement de cette ampleur ne transforme pas uniquement les infrastructures.
Il transforme aussi l’organisation qui doit le réaliser.
Le prolongement de la grande vitesse, l’acquisition de nouveaux trains et le développement de services de proximité vont nécessiter une coordination importante entre financement, ingénierie, achats, exploitation, maintenance, digital, gestion de projet et ressources humaines. Médias24
Du point de vue Capital Humain, plusieurs questions deviennent stratégiques :
Quelles compétences seront critiques d’ici 2030 ?
Les capacités existantes sont-elles suffisantes pour gérer plusieurs projets simultanément ?
Quels profils doivent être développés en interne ?
Quelles expertises devront être recherchées sur le marché ?
Quels postes clés nécessitent déjà une réflexion sur la succession ?
La planification financière et la planification des compétences doivent progressivement être pensées ensemble.
Les grands projets créent une concurrence pour les talents
Le Maroc connaît simultanément plusieurs programmes importants dans les infrastructures, la mobilité, le BTP, l’énergie et l’industrie.
Ces projets ne se concurrencent pas uniquement pour les capitaux.
Ils peuvent également se concurrencer pour certaines compétences.
Directeurs de projets, financiers spécialisés, ingénieurs, spécialistes achats, profils ESG, experts contrats ou responsables de grands programmes peuvent devenir particulièrement recherchés.
Le recrutement de ces profils ne peut donc pas toujours intervenir lorsque le projet est déjà lancé.
Il doit être anticipé.
C’est ici que l’Executive Search, la succession et la cartographie des compétences deviennent des outils de préparation opérationnelle, et non uniquement des outils RH.
Financer l’infrastructure, mais aussi la capacité d’exécution
L’actualité présentée par Médias24 est avant tout une réflexion sur l’avenir du financement ferroviaire.
Mais elle rappelle une réalité plus large.
Les grands projets nécessitent trois ressources simultanément :
du capital, du temps et des compétences.
Trouver des investisseurs permet de financer une infrastructure.
Structurer correctement les risques permet de rendre le projet soutenable.
Mais ce sont ensuite les équipes, les dirigeants et les experts qui transforment le financement en infrastructure réellement livrée et exploitée.
Un modèle financier peut rendre un projet possible.
La qualité du Capital Humain détermine en grande partie sa capacité à devenir réalité.
Pour les organisations engagées dans de grands programmes d’investissement, l’enjeu est donc de construire simultanément leur stratégie de financement et leur capacité humaine d’exécution.
Source : Médias24 — « Infrastructures ferroviaires : le financement public ne suffit plus, l’ONCF explore de nouvelles pistes », 14 octobre 2026. Médias24